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Euro : la monnaie unique renforcée par le Brexit ?

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Clément Caron

Compliance Officer

Temps de lecture : 4 min

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    Clément Caron

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      En hausse de plus de 10% au cours des 12 derniers mois face au dollar américain, l’euro (EUR) marque une pause en ce début d’année 2021 pour le plus grand bonheur des entreprises exportatrices de la zone euro, mises à rude épreuve l’an passé.

      En dépit d’une légère baisse face à la livre sterling (GBP) suite à l’accord de libre-échange signé entre Londres et Bruxelles, la monnaie unique aura donc, tous comptes faits, jusqu’ici plutôt bien résisté au Brexit.

      Néanmoins, s’il est tentant d’imaginer que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’aura dans ces prochains mois qu’un impact limité sur la monnaie unique en raison de sa non-appartenance à la zone euro, tout n’est pas si simple, et les liens commerciaux étroits tissés au-dessus de La Manche pourraient bien peser dans l’équation à moyen ou long terme. Explications.

      Un impact direct limité, mais des conséquences économiques bien réelles

      Au niveau institutionnel, le Brexit implique la sortie du Royaume-Uni du Système européen des banques centrales (SEBC) qui regroupe à la fois la Banque centrale européenne (BCE), les banques centrales des dix-neuf pays membres de la zone euro, et les neuf banques centrales des pays membres de l’UE ne faisant pas partie de la zone monétaire unique – la Banque d’Angleterre (BoE) appartenant à ce dernier groupe.

      Néanmoins, si le Royaume-Uni n’avait bien évidemment jamais intégré la zone euro, il ne participait pas non plus au mécanisme de change européen liant les monnaies nationales des pays membres (hors de la zone euro) à la monnaie unique. Pour cette raison, l’entrée en vigueur du Brexit, puis la signature de l’accord commercial entre l’UE et son ancien pays membre le 24 décembre dernier, n’ont eu qu’un impact direct limité sur la valeur de l’euro.

      Le Brexit implique en revanche des conséquences très concrètes sur l’économie européenne qui influencent et continueront vraisemblablement d’influencer la valeur de sa monnaie. Pour n’en citer qu’une, les pays membres de l’UE doivent désormais compter avec un trou de près de 60 milliards d’euros dans leurs prévisions budgétaires à l’horizon 2027 !

      Un rapport de force plutôt favorable à l’euro

      Depuis le référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne du 23 juin 2016, les marchés financiers britanniques sous-performent en moyenne vis-à-vis de ceux de la zone euro (ce qui n’était pas le cas avant le vote). À titre d’exemple, l’indice MSCI du Royaume-Uni enregistre une baisse de 8% depuis la date du référendum, tandis que celui de la zone euro progresse de près de 32%.

      Par ailleurs, la livre sterling qui valait 1,3089 euros au moment du vote sur le Brexit, n’en vaut aujourd’hui plus que 1,1285 euros. Malgré les nombreuses incertitudes impliquées par le départ d’un partenaire commercial clé, la monnaie unique conserve donc jusqu’ici toute sa force et sa stabilité.

      Evolution de la paire GBP/EUR

      La paire GBP/EUR a été très mouvementée depuis deux décennies. La chute la plus spectaculaire s’est passée lors de la crise financière 2008 où la livre sterling a perdu presque 40% contre la monnaie unique passant de 1,60 à 1,02 fin décembre 2008, ce qui reste pour le moment, le taux le plus proche de la parité. Après cette dégringolade, entre 2009 et 2014, la livre sterling a pris de la robustesse et s’échangeait sur un range entre 1,10 et 1,25. L’année 2015 a été signe de hausse, car la paire se traitait aux alentours des 1,35-1,40. Un nouvel effondrement (-25%) lors de l’année 2016 (vote des Britanniques en faveur du Brexit) vient rejeter la tendance haussière de l’année précédente avec un retour à 1,10 et depuis maintenant cinq ans, la paire oscille entre un support fort de 1,08 et une grosse résistance de 1,20.


      Sur le plan boursier comme sur le plan monétaire, l’avantage (ou le moindre mal) semble jusqu’ici revenir à la zone euro. Mais qu’en est-il sur le plan économique ?

      S’il est encore trop tôt pour chiffrer avec précision les conséquences économiques du Brexit pour la zone euro, il est néanmoins possible de décrire les mouvements d’actifs observés entre les deux zones économiques.

      En effet, le Gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau annonçait ce mardi 19 janvier de nouvelles délocalisations pour 2021, dans la lignée des quelques 2500 emplois et 170 milliards d’euros d’actifs londoniens transférés vers l’Hexagone à fin 2020.

      De son côté, la Bundesbank allemande déclarait près de 400 milliards d’euros d’actifs transférés, auxquels devraient rapidement s’ajouter 100 milliards d’euros de la banque Morgan Stanley. 

      Cette vague d’entreprises migrant du centre londonien vers les principaux centres financiers européens est une occasion rêvée pour l’UE de renforcer ses propres infrastructures. Ces mouvements de capitaux sont en accord avec l’annonce de la BCE de 2019, qui estimait que 24 banques et près de 1300 milliards d’euros d’actifs passeraient à terme de Londres à la zone euro. 

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