La vente a terme une vraie fausse bonne idée 750x500

L’annonce du Brexit a eu pour conséquence quasi-immédiate une chute du cours de change EUR CHF. Xavier de Villoutreys, notre responsable du trading, vous l’avait d’ailleurs annoncé il y a plusieurs semaines. Fort de ce constat, certaines banques françaises ont contacté leurs clients frontaliers pour leur proposer de fixer le taux de change EUR CHF sur 6 mois, voire un an, dans le cadre d’une vente à terme…Il est vrai qu’une vente à terme a l’avantage de donner au client frontalier une visibilité budgétaire car elle permet de faire disparaître totalement les variations du taux de change. Toutefois, c’est un produit financier qui est très souvent mal vendu, voire sur-vendu, et qui au final peut poser beaucoup de problèmes aux frontaliers et qui surtout coûte très cher. Aussi, nous pensons clairement que souscrire une vente à terme est une mauvaise idée. Voici pourquoi :

Qu’est-ce qu’une vente à terme ?

Une vente à terme (ou garantie de change) est un contrat qui lie la banque et son client frontalier selon les termes suivants : le client frontalier s’engage à vendre tous les mois à la banque des francs suisses, qui lui rendra en contrepartie des euros, pendant la période du contrat (la plupart du temps 3, 6 ou 12 mois), à un taux fixé à l’avance.

La vente à terme pour frontalier est un produit qui coûte (très cher)

La vente à terme a un coût très élevé : en plus des frais de dossier (un peu plus de 100 euros dans la plupart des banques françaises), la banque applique une marge très importante sur le taux de change, qui pourrait être assimilée à des frais cachés dans la mesure où ce n’est pratiquement jamais précisé. Cette simple marge permet à la banque, par exemple pour CHF 5 000.- changés tous les mois, de prélever un peu plus  de 900 EUR de frais de change sur l’année ! Pour un tel montant, c’est donc plus de 1 000 EUR que vous laissez sans le savoir en pourboire à votre banque. Si en plus le franc suisse continue de s’apprécier, vous perdez une 2ème fois.

La vente à terme est un produit risqué

La vente à terme vous oblige, contractuellement, à verser des francs suisses à votre banque tous les mois. Si pour une raison ou une autre, vous ne pouvez pas honorer ce versement (soit dans le cadre d’une dépense importante imprévue ou autre situation), vous aurez non seulement du mal à boucler votre budget familial mais serez pénalisés. Dans les situations les plus compliquées, et selon la provenance de vos revenus, vous serez même amené à changer des euros en francs suisses, que vous changerez en euros dans le cadre du contrat de vente à terme… Ou comment se prendre 2 fois de suite les frais de change.

Les banques françaises communiquent par ailleurs sur le fait qu’il est possible de dénoncer le contrat en cas de licenciement du client frontalier. Parfait et rassurant me direz-vous ? Pas tant que cela car s’il est possible de dénoncer le contrat, ce n’est pas gratuit ! En général, plus le cours est éloigné du cours actuel et plus l’échéance est lointaine, plus vos pénalités seront élevées. Pour le savoir, il faut lire les conditions générales de la vente à terme (ce que personne ne fait).

La vente à terme est surtout un service qui permet de capter les revenus des frontaliers

Dans la plupart des banques, il n’est pas possible de faire une vente à terme inférieure à CHF 3 000.- par mois… Ce qui permet à la banque de capter une bonne partie des revenus de ses clients frontaliers, et de faire le change à des conditions pas particulièrement avantageuse.C’est de bonne guerre : qui dit plus de revenus rapatriés, dit plus de commissions de change, plus de commissions, plus de dépenses par carte bancaire etc. C’est une logique commerciale qui ne fait pas forcément faire des économies aux frontaliers qui souscrivent ce type de produit.

Quelques conseils pour votre vente à terme

Vous voilà prévenu, mais si vous souhaitez malgré tout souscrire une vente à terme, voici notre conseil :

  • limitez à 30% de vos revenus le montant que vous engagez dans une vente à terme. Si le contrat ne le permet pas (parce que vous ne gagnez pas assez), ne souscrivez pas de vente à terme. Pour le reste, ou pour l’intégralité de votre salaire, pensez à un service de change de devise en ligne à taux préférentiel comme b-Sharpe, bien plus intéressant en termes de marges, et bien plus transparent.
  • limitez à 3 mois la portée de la vente à terme : cette période vous permettra de vous retourner en cas de problème. Ce qu’il faut absolument éviter, c’est la vente à terme de 6 ou 12 mois.
  • Faites-vous préciser, avant de signer, les éventuelles conditions cachées, et posez les questions qui posent problème : « Combien cela me coûtera si je dénonce le contrat ? », « Quelles sont les conditions pour dénoncer le contrat ? », « Que se passe-t-il si je perds mon emploi ? », « Que se passe-t-il si je ne peux plus honorer le contrat ? »

Quoi qu’il arrive, ne vous précipitez pas sous la pression de votre banquier pour signer votre contrat de vente à terme.

Pour finir sur une note un peu plus positive, les frontaliers qui ont souscri à pratiquement la parité EUR CHF pour un an en janvier 2015 suite à la fin du taux plancher par la BNS, n’ont a posteriori pas fait une mauvaise opération (pour autant qu’ils aient pu honorer leur contrat sans difficulté). Mais cette affirmation n’est possible qu’a posteriori, car personne n’est capable de prévoir l’évolution du taux de change EUR CHF sur une période aussi longue, et le résultat aurait pu être tout autre…

 

 

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