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Dollar américain : mauvaise passe pour le billet vert

Dollar

Xavier de Villoutreys

Deputy CEO | Head of Trading

Temps de lecture : 4 min

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    Xavier de Villoutreys

    Deputy CEO | Head of Trading

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      Le 19 mars dernier, le Dollar Index (DXY), indice de référence du dollar américain (USD), culminait à 102,99. Quelques mois plus tard, le voici désormais qui oscille aux alentours des 91 points seulement, à plus de 12% de ses plus hauts annuels, au plus bas depuis le printemps 2018.

      Une bonne nouvelle pour les entreprises américaines exportatrices, mais une déconvenue de plus pour les entreprises étrangères ayant leurs débouchés aux États-Unis, et dont les volumes d’exportation avaient déjà nettement ralenti au cours de l’année.

      Démarrage des premières campagnes de vaccination, alternance politique au sommet de l’État fédéral américain, et remise en cause progressive de la suprématie du “Roi dollar” ; parcourons ensemble les principaux catalyseurs de cette tendance baissière.

      Un rebond de l’économie mondiale critique pour le dollar ?

      Rassurés par le début des premières campagnes de vaccination contre le COVID-19 et par la perspective d’une sortie de crise, les investisseurs délaissent peu à peu les valeurs refuges telles que le dollar américain pour reprendre un peu de risque, et revenir notamment sur les devises émergentes.

      Dans ce contexte, le phénomène de “fly-to-quality” dont avait profité le billet vert au début de la crise, au premier trimestre 2020, ne semble être déjà plus qu’un lointain souvenir. Depuis quelques semaines déjà, le regain d’optimisme des marchés contribue en partie à expliquer les mauvaises performances du dollar américain.

      L’efficacité des premières campagnes vaccinales et l’évolution de la situation économique au cours des prochaines semaines devraient donc bel et bien être deux des principaux points suivis par les marchés.

      Pénalisé dernièrement par le regain d’optimisme des entreprises et des investisseurs, le dollar américain pourrait néanmoins très vite repartir de l’avant si la reprise économique tant espérée peinait à se matérialiser ou si l’épidémie venait à accélérer fortement à l’occasion des fêtes de fin d’année.

      Une Réserve fédérale américaine plus indépendante

      Le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche le 20 janvier prochain pourrait-il modifier la politique monétaire menée jusqu’à présent par la première banque centrale du monde ? 

      Plusieurs fois critiqué au cours de son mandat pour ses interférences avec la Réserve fédérale américaine (FED), le futur ex-président des États-Unis avait en effet tendance à plaider auprès de Jerome Powell (président de la FED) pour la mise en place d’une politique monétaire plus accommodante, capable de soutenir encore davantage l’économie de l’oncle Sam.

      L’arrivée d’un nouveau locataire à la Maison Blanche en la personne de Joe Biden, nouveau président élu des États-Unis, et la perspective d’un plan de relance bipartisan inédit pourrait en effet contribuer à la sortie de crise de l’économie américaine et, in fine, permettre enfin à la FED d’envisager une remontée progressive de ses taux directeurs.

      À l’occasion des débuts de ce nouveau gouvernement démocrate, les marchés devraient également garder un œil attentif sur les premiers pas de Janet Yellen, ex-présidente de la FED, nommée à la tête du Trésor américain et chargée d’apporter un “soutien économique immédiat” au pays.

      Dans ce contexte, l’évolution des anticipations d’inflation (ressorties en hausse à 2,25% ce mois-ci et pour la première fois supérieure au seuil des 2% fixé par la FED) sera donc très vraisemblablement le juge de paix en matière de politique monétaire ; l’évolution de cet indicateur étant intimement liée à l’évolution des taux d’intérêt, et forcément, à la valeur du dollar américain face aux autres devises.

      L’émergence de nouveaux challengers

      Au-delà des considérations propres à la conjoncture économique et monétaire, le dollar américain est également confronté à l’essor de monnaies “alternatives” susceptibles de contester à terme le règne sans partage du billet vert sur la scène économique et financière internationale.

      À ce titre, la nouvelle envolée du Bitcoin en direction des 20,000$, tout comme la remontée progressive des cours de l’once d’or, laissent poindre la volonté de certains investisseurs de se désengager des monnaies les plus traditionnelles telles que le dollar afin de mieux se protéger du risque inflationniste.

      Néanmoins, les signaux d’alerte se multiplient avant tout dans le monde des monnaies fiduciaires. Preuve de cette concurrence nouvelle, en novembre dernier, la Chine annonçait le lancement des premiers contrats à terme internationaux sur le cuivre libellés en yuan.

      Jusqu’ici incontestée (tout particulièrement sur le marché des matières premières), la référence dollar doit donc faire face aux premiers coups de boutoir de son principal rival économique. En qualité de premier consommateur mondial de matières premières, la Chine dispose en effet d’arguments de taille pour imposer sa devise comme alternative au dollar.

      Bien qu’il ne s’agisse bien évidemment pas d’annoncer la déchéance du dollar ni d’envisager sa perte de leadership à court terme, l’ensemble de ces signaux figure bel et bien dans le scope des acteurs des marchés financiers dans l’attente de la nouvelle année.

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