Webinar de juin sur l’évolution de l’EUR CHF

Nous organisons avec le site Travailler-en-Suisse.ch notre webinar mensuel sur l'évolution de l'EUR CHF. Bien chahuté ces dernières semaines, l'euro franc suisse continue de surprendre. Xavier de Villoutreys, notre responsable du trading, va nous proposer son analyse du marché, et nous donner ses prévisions. Vous pouvez revoir le Replay de la conférence ci-dessous.

  • Date : jeudi 7 juin 2018
  • Heure : de 13h à 13h45

 

Sommaire

  • Jusqu'à 1 mn 30 : présentation + introduction
  • 1 mn 30 à 10 mn : analyse de la chute du taux EUR /CHF (mise en contexte politique de l’Italie, nouveaux événements qui peuvent bousculer le taux EUR/CHF)
  • 10 mn à 32 mn 25 : questions / réponses des participants.
    Sujets abordés
  • Guerre commerciale entre Trump et le reste du monde : y aura-t-il un impact sur l'EUR CHF ?
  • Le FMI et l’Union Européenne face à l’Italie
  • Dette Italienne
  • A quoi faut-il s’attendre dans les mois à venir ?
  • La BNS va-t-elle intervenir sur les marché ou attend-elle un événement catalyseur ?

Retrouvez ci-dessous la retranscription écrite du Webinar du jeudi 7 juin

Note : vous trouverez ci-dessous la retranscription du webinar. Certaines tournures de phrases, orales, ont délibérément été conservées.

DAVID:
Bonjour et bienvenue à ce webinaire sur l'évolution de l'euro franc suisse. C’est le six ou septième webinaire que nous faisons sur ce thème. Celui-ci analyse le mois de juin tout particulièrement.
J'ai le plaisir d'accueillir Xavier de Villoutreys de b-sharpe qui va nous proposer une analyse de ce qui se passe. L’euro franc suisse a été quand même pas mal chahuté. C'est vrai que nous ne savions pas vraiment l’évolution qu’allait prendre le change. Il y a eu des évolutions un peu dans tous les sens. Xavier va nous apporter un petit peu de compréhension et une lecture à tout ça. Xavier se présentera, c’est vrai qu’on commence à le connaitre, mais pour ceux qui sont nouveaux, je pense que c'est quand même bien Xavier que tu situes un peu ce que tu fais. Pour ma part, je suis David Talerman, l'auteur de travailler et vivre en Suisse et fondateur de travailler-en-suisse.ch. Donc je laisse la parole à Xavier.

XAVIER:
Merci David. Je suis Xavier, responsable du trading chez b-sharpe, et on aujourd'hui on va parler comme à peu près tous les mois maintenant de l'évolution de l'euro vis-à-vis du franc suisse. Il a fortement chuté depuis à peu près mi-mai, et on va essayer de regarder un peu ce qui se passe et d'analyser tout ça. Donc effectivement, on est passé à mi-mai de 1.20 à 1.14 ce qui constitue une chute d’à peu près 5% sur l'euro franc suisse ce qui est extrêmement rare. C'est extrêmement rare d'avoir une chute aussi brutale, et cette brutalité était due au caractère complètement inattendu de l'information du gouvernement italien. Je pense que ça n'a échappé à personne que le nouveau gouvernement italien est assez incongru dans la mesure où c'est l'extrême droite et le parti plutôt à gauche qui ont formé un gouvernement et celui-ci est ouvertement populiste et eurosceptique. Pourquoi les marchés s'affolent-ils avec ce gouvernement ? Tout simplement parce qu'un gouvernement populiste et eurosceptique veut dire une augmentation des dépenses publiques et potentiellement non financées, et donc une crise de la dette un peu comme ce qui s'est passé en Grèce en 2011 avec Tsipras. Aujourd'hui, on s'est stabilisé un petit peu au-dessus de 1.16, et pour l'avenir à court terme, il va falloir attendre les premières mesures de ce gouvernement pour mesurer leurs impacts sur les déficits publics et sur les financements. Pour mémoire, je parlais de la Grèce tout à l'heure, en 2011, je ne sais pas si vous vous souvenez des cauchemars qu’ont vécu les marché financiers à cause de cette crise de la dette grecque. La dette grecque à cette époque représentait 3% de la dette publique en Europe. La dette italienne, 23% de la dette Européenne. Donc s'il y a un défaut sur la dette italienne, nous ne sommes pas bien. Par exemple, l'euro Franc suisse pourrait très bien retourner à 0.5. Il y a un gros danger qu'effectivement le gouvernement italien fasse n'importe quoi et n'arrive pas à se refinancer. La notation de la dette italienne, on est juste au-dessus de la pire note , sur l’échelle de notation de la dette italienne alors que rien encore n'a été publié en terme de budget..

DAVID: Alors ce qui est triste, si je comprends bien et d'après ce que j'ai pu lire, c’est que l'économie italienne est une économie qui fonctionne relativement bien.

XAVIER: Oui et non. Il y a beaucoup de blocages, il y a une fiscalité qui est très lourde. C'est une économie qui fonctionne bien car c’est une économie européenne développée, mais il y a un ras-le-bol des Italiens sur la pression fiscale et sur les blocages administratifs qui sont très présents, notamment cette pression fiscale qui devrait être allégée, en tout cas c'est les promesses du nouveau gouvernement qui pose problème sur le remboursement de la dette. L'indicateur le plus regardé par les investisseurs pour mesurer cette aversion risque vis-à-vis de ce potentiel défaut de la dette italienne. C'est ce qu'on appelle CDS, le Crédit Default Swap. C'est une assurance contre le risque de défaut auprès des investisseurs, c'est un prix. Plus le prix augmente, plus il y a un risque de défaut important. On est passé de 120 à 300. Cela veut dire que les investisseurs estiment que le risque de défaut de la dette italienne a été multiplié par 3.

DAVID: En quelques jours rien que par l'arrivée du nouveau pouvoir ?

XAVIER: C'est effectivement similaire à la chute de l'euro Franc suisse qui a été soudaine, violente et rapide car elle s'est faite en moins d’un mois, 15 jours. Ceci mesure l'improbabilité de ce gouvernement. Il faut quand même savoir que ça fait 10 ans que ça ne bouge pas du point de vue politique en Italie. Ce qui veut dire que, ça peut potentiellement bouger. Ce qui peut rassurer les gens c'est de regarder ce qui s'est passé avec la Grèce car c'est à peu près le même profil de gouvernement qui est arrivé au pouvoir. Tsipras était aussi un populiste et s'est vite rangé du côté de l’Europe. Il a été obligé de se plier au "dictat" de l’Europe. Il a rangé ces idées populistes pour adopter la politique européenne qui est plutôt libérale.

DAVID: C'est effectivement ça. Ça résume assez bien ce qu'on a sous les yeux, de l'incertitude. Tous les scénarios sont possibles.

XAVIER: Tous les scénarios aujourd'hui sont possibles. Je dis toujours « entre le mystère et l’absurde il faut choisir le mystère », je suis plutôt optimiste. Ma vision, c'est que l’Italie ne va pas faire n'importe quoi, mais nous ne sommes jamais à l’abri.

DAVID: La première dose d'incertitude en moins, la prochaine étape c'est quand le gouvernement va publier ses premières mesures.

DAVID: Quand ?

XAVIER: Il n'y a pas de date, mais ça devrait être dans les semaines à venir.

DAVID: Donc on ne va pas attendre des mois.

XAVIER: Non. La situation va trouver son issue positive ou négative bientôt.

DAVID: Donc ça veut dire que jusqu'à cette période-là, on observera un peu ce qui s'est passé ces derniers jours, c'est-à-dire les montagnes russes.

XAVIER: Exactement. D'autant plus qu'il va se rajouter à ce problème italien, d'autres évènements extérieurs qui vont aussi faire bouger l'Euro Franc suisse. Je pense notamment à la BCE, Banque Centrale Européenne, qui par l'intermédiaire d'un de ses administrateurs hier a laissé entendre qu’il pourrait couper le robinet du quantitative easing plus rapidement prévu.

XAVIER: C'est l'injection des liquidités, le programme que la BCE a mis en place il y a quelques années maintenant et qui a fait fortement chuter l'euro contre le dollar contre le franc suisse, depuis 2015. Pour rappel, le floor (taux plancher) qu’avait mis en place la Banque Nationale suisse suite à la crise financière 2013, a dû arrêter de soutenir à cause de ce problème de quantitative easing puisque c'était intenable. C'est plusieurs centaines de milliards qui sont injectés sur les marchés financiers par notamment du rachat de la dette. Donc dans les jours à venir, dans une semaine pile, la BCE à son meeting mensuel et l'issue pourrait être favorable à l'euro s'ils arrêtent d'injecter des liquidités, l'euro va monter.

DAVID: Mécaniquement en tout cas.

XAVIER: Mécaniquement.

DAVID: Donc ça pourrait contre carrer les mesures ?

XAVIER: Exactement. Il faudra aussi regarder les chiffres économiques. La croissance, l'inflation, les prévisions d'inflation et l'inflation actuelle à tendance à remonter en zone euro, ce qui est positif pour l'euro. Il y a un certain nombre de facteurs qui vont jouer en contradiction.

DAVID: Donc là c'est vraiment impossible de savoir où nous allons nous situer.

XAVIER:
Impossible de savoir où on va situer. Il y a un autre indicateur qu'on pourrait regarder pour savoir s'il y a un sentiment de marché sur l'évolution de l'euro franc suisse c'est ce qu'on appelle les positions futures. On a eu un pic de prise de position des investitures jusqu'en fin avril, et aujourd'hui on est à un maximum historique, c'est-à-dire il y a un très fort sentiment de marché sur la hausse de l'euro. Aujourd'hui, le nombre de contrats sur l'euro, qu’il soit à la hausse, soit à la baisse, il est historiquement bas, c'est-à-dire que les gens ne savent pas où ça va aller.

DAVID: Entre fin avril et maintenant, il y a eu une aversion totale de tendance sur les futures.

XAVIER: Il y a eu une aversion d'opposition, à la hausse ou à la baisse.

DAVID: Ils sont comme nous.

XAVIER: Les gens ne savent pas. Après si on regarde les marchés optionnels, là effectivement étant donné la relativité, les investisseurs prennent des positions assez fortes.

DAVID: Donc si les investisseurs même ne savent pas, c'est compliqué.

XAVIER: Ça va être très compliqué de naviguer dans les semaines à venir. Mon objectif reste à 1.20.

DAVID: Avant de parler de ça, on a quelques questions qui sont en rapport. Je peux aborder après effectivement le dosage de l'euro franc suisse. Et la guerre commerciale entre Trump et le reste du monde, est-ce qu'il y aura un impact?

XAVIER: Non on ne l’a pas oublié.

DAVID: Le cours ne l'a pas oublié.

XAVIER: Effectivement, Trump a annoncé récemment des mesures très conservatoires sur le commerce américain contre l’Europe et contre le Canada et contre le Mexique. Étant donné que la politique de la Banque Nationale suisse est de suivre la banque centrale européenne avec un différentiel de taux négatif ça ne va pas avoir un impact majeur sur l'euro franc suisse.

DAVID: Il y a Christophe qui nous demande de parler de l'euro franc suisse. On va en reparler après avec des prévisions de Xavier, et des prévisions à trois mois. Une question intéressante: L'ampleur de la variation du taux est plus liée à l'élection du gouvernement ou il a mis du temps à être officiellement ratifié ?

XAVIER: C'est vraiment la nature du gouvernement eurosceptique et populiste qui a fait bouger les cours. Les marchés adorent l'attentisme politique.

DAVID: Oui forcement.

XAVIER: Quand on prend une décision, quand on prend une orientation, c'est là où les marchés réagissent.

DAVID: Gregoire nous demande s'il y a un lien entre ce qui s'est passé en début février et le 28 mai en termes d'évolution.
XAVIER: Non, pas pour moi. Je ne me rappelle plus bien du 5 février. Le retracement qu'on a constaté en début d'année était plus un mouvement technique du marché qu'une aversion au risque due à des facteurs externes. Il faudrait que je me replonge dedans, c'est une bonne question, j’essayerai de regarder.

DAVID: Madmax, nous dit qu'il pense que l’Italie ne va pas faire quoi que ce soit et que le FMI ou l'Union Européenne vont leur mettre une pression pour les calmer.
XAVIER: C'est ce qui s'est passé avec la Grèce. Tsipras est arrivé avec plein de bonnes idées, plein de bonnes résolutions pour son peuple, mais finalement quand vous avez un tuteur qui s'appelle l’Europe qui est au-dessus de vous, vous faites ce qu'ils disent.
DAVID: L’Europe étant leur marché principal.

XAVIER: Leur marché principal et qui détient de la dette. J'ai vu plus haut que la dette italienne était principalement détenue par des Italiens, c'est à moitié vrai et c'est à moitié faux. La dette italienne notamment via le programme quantitative easing de l’Europe de la BCE, c'est la BCE qui refinance l’Italie, ce n'est pas les Italiens. C'est-à-dire effectivement vous avez la dette italienne qui est contractée on va dire 150 ans, donc effectivement si vous prenez sur 150 ans, l'accumulation est détenue par les Italiens. Aujourd'hui, le fonctionnement de l’Italie est assuré par l’Europe et les investisseurs, donc ce n'est plus les Italiens.

DAVID: Pierre nous demande qui va payer la dette de l’Italie ? Et si, on arrive à parité entre l'euro et le franc suisse voire plus, l’Europe risque-t-elle d'être en crise ? Pouvez-vous nous éclairer sur la position de la Suisse vis-à-vis d'un tel scénario?

XAVIER: La Suisse ne va pas être contente si on résume la situation. Qui va payer la dette de l’Italie? S'il y a un défaut, personne. Vous avez acheté un bonde italien, vous avez mis 100 francs dessus, s'il y a un défaut, vous avez perdu vos 100 francs. C'est un gros problème. C'est le scénario catastrophe pour les investisseurs, vous perdez votre argent. Effectivement, si on a un euro franc suisse à parité, ça veut dire déjà que l’Europe ne va pas bien et que vous avez une augmentation du chômage, baisse de la croissance, inflation zéro et donc c'est un vrai coup d'arrêt à la tendance qui s'était formé depuis un an, ça veut dire par ricochet que la suisse ne va pas aller bien non plus.

DAVID: Cela voudrais dire que nous sommes dans une crise européenne.

XAVIER: Nous allons être dans une crise européenne très grave.

DAVID: Merci pour ces mouvements d'optimisme. Jonathan nous demande qu’elle est notre position sur la situation de la Deutsche Bank, qu'elle est d'après nous son avenir?
XAVIER: La Deutsche Bank c'est une banque que je connais bien pour avoir travaillé avec pendant longtemps. C'est une banque d'investissement qui a pris tous les risques possibles avant la crise de 2008. Elle est en restructuration continuelle depuis. C'est une banque dont le modèle d'affaires est aujourd'hui vraiment mis en cause, ce n'est pas une banque qui va bien. Après, sur l'impact que pourrait avoir une réorientation du business modèle de la Deutsche Bank sur l'économie européenne, si on parle de réorientation, ça se fait en douceur. Si on parle de cessation de paiement, mais je pense que ça n'arrivera pas, ça se fera dans la douleur, mais ça n'arrivera pas. Aujourd'hui, il n'y a plus une banque qui va faire faillite. Après Lehman Brothers, le traumatisme était trop fort, et il y a eu aussi beaucoup de mesures politiques qui ont été prise pour que le financement des banques soit assuré notamment par des réserves légales.

DAVID: Alors Madmax, nous demande, si Kim Jong Un et Donald trouve un accord, est-ce que le taux va remonter?

XAVIER: Ça, je pense que c'est déjà dans les prix. La détente du positionnement de la Corée du nord. Effectivement celle-ci mettait un peu de tension et d'aversion au risque sur les marchés. Actuellement, ça c’est beaucoup calmé. Il y a un vrai discours qui s'entame avec la Corée du Sud avec la Russie et la chine, les États-Unis maintenant. Et ça fait longtemps que c'est dans les prix.

DAVID: Didier nous demande si on retrouve la parité franc suisse euro, on a intérêt à faire une vente à terme ? J'aurais tendance à dire par rapport à ce qu'on a dit juste avant attentisme absolu.

XAVIER: C'est toujours la même chose. La vente à terme dépend du moment où vous vous engagez. Ça ne peut pas être intéressant aujourd'hui 1.16 parce qu'il y a un mois on était 1.20, donc effectivement là vous avez gagné 5%. Par contre, si ça tombe à 1.10 demain, c'est dommage pour vous.

DAVID: Les banques européennes ont-elles bien résisté au dernier stress test? C'est toujours intéressant d'avoir ça.

XAVIER: Je n'ai pas regardé, je suis désolé.

DAVID: C'est exactement ce que disait Madmax aussi. Question intéressante. Comment se fait-il que les courbes euro franc suisse et euro dollar soit finalement assez similaire?

XAVIER: Parce que la politique de BNS, est d'avoir un différentiel de taux avec l'euro et donc avec le dollar qui est toujours stable. Après, ce qui s'est passé depuis un petit mois, vu que c'est un évènement européen, c'est finalement l'euro qui a été vendu, donc contre toutes les autres devises. Après, il faut plus regarder le dollar suisse si vous voulez avoir une idée du franc suisse et de sa valorisation.

DAVID: Passons au résumé, à quoi peut-on s'attend dans les mois à venir ? Xavier, on est allé à 1.20, on les a touchés pendant quelques jours, peut-être même quelques semaines. Le problème italien est arrivé, nous l’avions vu du côté de b-sharpe. Comment vois-tu l'objectif aujourd'hui?

XAVIER: Mon objectif comme je le disais tout à l'heure reste inchangé. Effectivement Frank dit que le crédit suisse prévoyait 1.30

DAVID: Il prévoyait même 1.40 je crois.

XAVIER: Il y a même des banques qui ont prévu 1.60. Après, vous pouvez faire toutes les valorisations que vous voulez. Tout est une question d'horizons. Si vous faites une prévision à 10 ans, vous pouvez dire 1.60. Dans 10 ans, plus personne ne se souviendra que vous avez prévu 1.60. 1.30, c’était leur objectif en fin d’année, c'est tout à fait possible. Moi je serais un peu plus mesuré, moi je conserve 1.20

DAVID: Donc 1.20 horizon fin d'année. Alors autre question, allons-nous atteindre la parité, est-ce que c'est possible?

XAVIER: la parité est tout à fait possible. Je vous dis s'il y a un défaut sur la dette italienne, on va retrouver l'euro à la cave, et la parité c'est l'objectif.

DAVID: Le défaut de la dette italienne sera visible d'ici la fin de l'année?

XAVIER: C'est possible. Le gouvernement italien, la dette italienne, le refinancement de la dette italienne, c'est comme une entreprise normale. Si vous devez payer vos intérêts tous les mois, si un mois vous ne pouvez pas payer, vous ne payez pas. Et si vous ne payez pas vous faites défaut. Après, il y a plein de mécanismes européens de stabilité qui limitent leurs risques, donc il y a quand même peu de chances que ça arrive, mais en tout cas aujourd'hui, les investisseurs ont de vrais doutes.

DAVID: Christophe relève que nous disons 1.40. Le crédit suisse avait parlé de 1.40. Nous c'est plutôt 1.20

XAVIER: 1.40 c'est une valorisation qu'on pourrait avoir d'un point de vue fondamental. Par exemple, les indicateurs comme la parité du pouvoir d'achat. La effectivement l'euro franc suisse serait plutôt 1.40

DAVID: Ok.

XAVIER: 1.40 c'est un objectif qui est trop « longtermist ». Si vous voulez, c'est pour vous donner un horizon et pour vous donner l'amplitude de la surévaluation du franc suisse actuel.

DAVID: Loïc demande, sentez-vous que la BNS intervient en ce moment sur les marches ou attend-elle un évènement catalyseur, par exemple l'arrêt des rachats de la BCE?

XAVIER: C'est tout à fait possible. La BNS a son book. Donc à peu près 600 milliards d’euro francs suisses. Il y a du dollar aussi. On va dire 600 milliards d'euros francs suisses. Je l'avais calculé, c'était 1.12 à peu près. Tout ce qui est en dessous de 1.12, est tout à fait concurrente. Je ne vois pas la BNS réinjecter massivement pour soutenir. Je pense vraiment qu’elle est plutôt attentive d'une part à ce qui va se passer en Italie et d'autre part ce que va faire la BCE. Ce n'est pas du tout improbable. Si on revient sur le graphique de tout à l'heure. C'est un graphique sur 2 heures. Si on prend un graphique par minute, on est même passé en dessous de 1.14 en fin de mois. Là ce n'est pas impossible qu'elle intervienne à 1.14.

DAVID: Bruno dit que 70% de la dette des Italiens est détenue par les partenaires européens.

XAVIER: C'est ce que je disais tout à l'heure. Aujourd'hui en fait, le refinancement de la dette italienne est assuré par les partenaires européens. Ça fait 150 ans que l’Italie fait la dette, c'est normal que ce soit les Italiens qui la détiennent. Aujourd'hui, la nouvelle dette est achetée par les partenaires européens. S'il y a un défaut sur la dette italienne, le raisonnement est que les Italiens vont avoir du soucis à se faire. Je pense que s'il y a un défaut sur la dette italienne c'est d'abord sur la dette qui est détenue par les partenaires européens qu’il y aura un défaut. C’est pas leur but. Leur but c'est d'envoyer balader l’Europe. Ce sera sur la nouvelle dette qui est détenue par les partenaires européens.

DAVID: C'est probablement de profiter de l’Europe au maximum sans les contraintes. Les partis populistes ont tous cette veine. Nadège nous demande, « est-ce que l’Iran et les sanctions économiques sur les entreprises européennes engagées là-bas, peuvent avoir un impact sur l’EUR CHF ? »

XAVIER: Aujourd'hui, l'attention et l'œil du cyclone, c'est vraiment l’Italie et la BCE, c'est vraiment ce qui est au centre de l'attention du marché.

DAVID: Autre question, cette baisse de l'euro, va-t-elle retarder l'arrêt des taux négatifs de la BNS?

XAVIER: Oui complètement. C'est mécanique. L'objectif de la BNS affiché c'est de maintenir un différentiel de taux d'intérêt avec la BCE. Si l'euro baisse, c'est-à-dire que les taux européens ne montent pas. Et donc si les taux européens ne montent pas, ça veut dire que les taux suisses ne vont pas monter non plus.

DAVID: Jonathan revient sur la Deutsche Bank et dit, merci pour votre réponse et votre position très optimiste. On peut dire pour ma part je ne le suis pas si la Deutsche Bank fait faillite cela impactera l’UE toute entière.

XAVIER: Complètement oui. C'est ce que je disais tout à l'heure. S'il y a une faillite, ça se passe dans la douleur. Aujourd'hui, c'est quand même assez improbable une faillite de la Deutsche Bank.

XAVIER: Après, il y a toujours ce qu'on appelle les factors risk qui sont en dehors des radars, comme par exemple la chute de Lehman Brothers, c'est ce qu'on appelle un factor risk. Rien n'est impossible sur les marchés. Vous pouvez faire des scénarios à 99% de possibilités. Après, vous avez toujours 1% de risque que ça ne se passe pas dans votre scénario. Si demain je vous dis que l'euro franc suisse vaut 1, qu'est-ce qu'on fait?

DAVID: Oui bien sûr.

XAVIER: On achète un berger dans le Larzac et puis on élève des moutons?

DAVID: Effectivement, ça peut être une solution. Il y a Sophie qui dit, qu’elle à loupé l'objectif de la BNS. Peux-tu en reparler ?

XAVIER: L'objectif de la BNS c'est de maintenir un différentiel de taux avec la BCE qui est négatif. Donc si l'euro baisse, ça veut dire que les taux d'intérêt de la BCE ne montent pas. Et si les taux d'intérêt de la BCE ne montent pas, ça veut dire que mécaniquement la BNS ne remontera pas ses taux.

DAVID: Un petit commentaire donc l'environnement qui reste favorable à l'euro. Ce que tu as dit malgré tout Xavier en restant optimiste.

XAVIER: Le troisième point c'est un risque, c'est-à-dire que ce n'est pas encore le cas aujourd'hui que la croissance économique des pays de la zone euro ralentit. Elle est plutôt en phase ascendante donc plutôt orientée positivement. Si les prochains chiffres de croissance des pays notamment de la France et de l'Allemagne viendraient à être en deçà des attentes, ça viendrait à rajouter des problèmes à l'euro franc suisse.

DAVID: Merci Xavier. Nadège demande, « est-ce qu'il y a plus d'impact sur l'euro si une crise se produit sur un pays européen déjà mal en point comme la Grèce ou l’Italie ou si cette crise de confiance politique ou autre arrive dans un pays considéré comme stable comme la France ou l'Allemagne ? C'est pire si c'est dans un pays stable. »

XAVIER: Mécaniquement. Ce n'est pas tellement entre stabilité ou instabilité, c'est juste en termes de PIB qu'il faut regarder. Il faut les plus gros PIB, aujourd'hui le plus gros PIB de l’Europe c'est l'Allemagne. Si l'Allemagne ne va pas bien, vous le premier pays européen qui ne va pas bien, donc toute l’Europe ne va pas bien.

DAVID: Après effectivement les risques ne sont pas les mêmes. Un pays qui est mal en point, peut avoir des défauts de dettes etc. On est dans le scénario un peu château de carte, mais ce n'est pas la même chose. Est-ce qu'il y a d’autres questions? Xavier, est-ce que de ton côté il y aurait d'autres éléments à préciser?

XAVIER: Dans ce genre de période, le mot d'ordre c'est de ne pas paniquer. Il y a énormément de clients qui nous ont appelés pour vendre de l'euro à 1.15 parce qu'ils étaient affolés, mais ce n'est pas forcément un bon calcul de faire des opérations comme ça. Il y a des effets d'aubaine pour ceux qui sont vendeurs de francs suisses acheteurs d'euro, effectivement c'est un bon moment. Inversement, s'il y a des vendeurs d'euros, ce n'est pas forcément le bon moment. Il ne faut pas paniquer.

DAVID: Question de Loïc, « Il y a-t-il un risque de faire un boom si la BCE annonce l'arrêt des rachats une remontée spectaculaire à 1.20 ou non ? »

XAVIER: Spectaculaire, je ne sais pas. Ça dépend de la teneur du discours de la BCE. Il y a plein de manières de le dire, il y a plein de manières de le mettre en place. Il faut vraiment attendre... c'est possible en trois jours après l'annonce de la BCE.

DAVID: Alors juste un petit message.

XAVIER: De Madmax qui me dit que je change d'avis ou je change de discours. Évidemment mon discours change parce qu'il y a un mois il n’y avait pas l’Italie, donc il n'y avait pas ce problème italien. Aujourd'hui, c'est une incertitude qui fait changer le discours.

DAVID: Le but de ce webinaire ce n'est pas d'apporter une prévision sur un taux, c'est surtout de donner des éléments d'explications et de prospectives pour justement anticiper un certain nombre de choses. Ce qui serait inquiétant c'est que ce soit toujours le même discours. L'analyse est là après nous pouvons avoir différents raisonnements sur l'analyse, à la rigueur je l'entends. Une autre question : « Depuis 2008, les quantitive easing étaient censé être temporaire ? »

XAVIER: Le quantitive easing américain c'est 2008, européen c'est 2015 et il y avait un horizon... je ne me souviens plus exactement, mais ce qui a fait bouger notamment l'euro franc suisse l'année dernière, c'est qu'on était passé de 1.08 à 1.16, donc il y avait eu deux détentes deux principes moteurs à cette hausse. C'était d'une part l'élection de Macron en mai, et puis d'autre part un discours de la BCE qui annonçait que le quantitive easing serait arrêté plutôt que prévu. C'était début juillet. Si on regarde début juillet l'année dernière, vous avez à peu près l'idée de l'amplitude du mouvement que vous pouvez avoir la semaine prochaine.

DAVID: Merci Xavier. C'est ce qui fait le charme des taux de change, c'est imprévisible sinon ça n'aurait aucun sens. C'est assez résumé. Je ne sais pas si on peut parler de charme. Après ça dépend des enjeux qu'il y a derrière, mais en tout cas ça pose aussi pas mal de problèmes à certaines PME qui sont chargées dans une devise ou une autre, et certains particuliers comme les frontaliers qui se demandent si c'est le moment de faire une garantie de change de basculer leurs économies d'un côté ou de l'autre. Je pense qu'on a fait un bon petit tour.
Xavier merci. S'il y a un petit mot de conclusion, c'est le moment. Merci en tout cas merci à toi. On a tous compris que c'était une période évidemment un peu compliquée. C'est toujours intéressant d'avoir quelques horizons. On a un peu d'incertitudes en moins, en tout cas moi j'ai ce sentiment-là.

XAVIER: L'incertitude d'inquiétude.

DAVID: L'inquiétude il faut faire avec comme on dit. Merci à tous, merci pour votre participation, merci pour vos questions. On vous donne rendez-vous à peu près dans un mois. Si vous avez des questions, n'hésitez pas, vous pouvez contacter Xavier, vous avez son adresse à l’écran ou sur info@b-sharpe.com et vous pouvez toujours faire ce qu'il faut pour échanger avec lui. Merci à tous, je vous souhaite en tout cas une bonne après-midi et à Xavier toi aussi bonne après-midi.

XAVIER: Merci et bonne après-midi à vous.

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